REFLEXION SUR LE TEMPS

Robinson Crusoé, seul sur son île, jouit de la liberté la plus absolue.  Le prisonnier, dans son cachot, est totalement privé de liberté.  Malgré l'apparente opposition de leurs situations respectives, ces deux hommes vont partager une même activité.  Ils vont, celui-ci sur un arbre et celui-là sur un mur, marquer d'une entaille chaque journée qui passe. L'un comme l'autre, ils vont marquer le temps. L'un comme l'autre, ils vont avoir besoin de ce repère.  La dimension spatiale seule ne leur suffit pas.

 

Comment et pourquoi l'homme a perçu, marqué et utilisé le Temps?

 

Il apparaît, en effet, que la dimension temporelle, notion abstraite, soit une des premières manifestations de l'intelligence alors que la dimension spatiale fait simplement appel à l'instinct. Si l'animal perçoit l'espace et connaît son territoire, il ne semble cependant pas avoir de notion du temps. Comme l'animal, l'homme a tout d'abord perçu la notion d'espace. Il a, lui aussi, pendant toute la période où sa subsistance ne reposait que sur la cueillette, la chasse et la pêche, marqué son territoire.  Il a assimilé l'alternance du jour et de la nuit, connu l'angoisse et la peur des ténèbres, craint que la lumière ne réapparaisse pas.  Il a levé les yeux au ciel et découvert le soleil, la lune et les étoiles.

 

Il a observé le rythme des saisons et remplacé cueillette et chasse par culture et élevage.  Il a du prendre conscience qu'il était l'acteur de sa propre évolution.  De ce moment, la dimension temporelle n'a jamais cessé d'être présente en l'homme d'abord, en la société humaine ensuite.  Le rapport de l'homme avec le temps n'a jamais cessé d'évoluer... dans le temps.

 

La conception du temps dans les civilisations disparues nous est pratiquement inconnue, les seuls rythmes s'imposant étant l'alternance des jours et des nuits et le cycle des saisons.  De l'alternance des jours et des nuits, le soleil en semble maître alors que le cycle des saisons paraît, lui, obéir au rythme de la lune.

 

Beaucoup de cultures anciennes ont donné au temps un sens profond, lié à leur représentation du monde et à leur religion.  Deux notions apparaissent alors dans ce que l'on pourrait appeler " Le temps des dieux ": Le Temps cyclique et le Temps linéaire. Toutes deux conceptions philosophiques, symboliques et mystiques.

 

 

 

Le Temps cyclique

Dans la religion la plus ancienne de l'Inde, le Védisme (de Véda, le savoir, environ 1500 av JC) l'univers est toujours recommencé, comme les saisons, comme le jour et la nuit.

Je cite: " Comme les jours se suivent dans l'ordre, comme les saisons vont après les saisons fidèlement, compose leurs existences, Ordonnateur!  En sorte que celui d'après ne quitte pas celui d'avant!  "

 

Ce qui prévalait dans cette conception du temps, c'était le lien entre sa prolongation indéfinie et l'activité rituelle, comme si le temps dépendait du rite bien accompli, à la fois chaîne sans fin et éternel retour... Le Bouddhisme n'a rien modifié de cette conception.

La théorie de la réincarnation fait que le temps, pour un être humain, n'est qu'une durée vécue sous une forme ou sous une autre, une suite de morts et de naissances. Enchaînement inéluctable entre vie antérieure et vie future, à son tour vie antérieure jusqu'à l'aboutissement indéterminé qui permet enfin de ne plus renaître et par conséquent de ne plus mourir: le nirvâna.

 

Le Temps linéaire.

Dans la conception judéo-chrétienne du temps, les premiers versets de la Genèse décrivent le temps de la création.  Le monde de la Genèse est créé une fois pour toute par l'unique Dieu créateur, dans un acte d'amour.  Cette création est elle-même échelonnée dans le temps.  Il aura fallu six jours.  Dieu procède donc par degrés et créé le temps cosmique en accord avec l'espace.

 

Temps essentiellement linéaire car il met en place, l'un après l'autre les éléments d'une création accomplie où l'homme poursuivra le destin qui lui est assigné par Dieu.  Le temps judéo-chrétien est le temps de la promesse et de l'espérance.  L'existence de l'homme n'est pas inspirée de morts et de renaissances.  L'homme vit une durée située entre sa naissance et sa mort, cette durée étant parcourue comme un chemin vers le Royaume.  Le temps judéo-chrétien est d'une densité dramatique et forte, orientée vers l'espérance.

 

Quel évènement eut lieu du 5 au 14 Octobre 1582?

 

Parlons maintenant du calendrier…

 

La mesure du temps, pour les humains, s'organise autour des lectures sacrées ou de l'observation des rythmes de la nature.  Le premier et principal instrument de la mesure du temps est le calendrier.

 

Mesure et repérage du temps, le calendrier est tout à la fois code, instrument, livre sacré, mythologie.  Le calendrier organise le temps et l'ordre social du groupe.  Le calendrier donne un sens à la répétitivité.  Le calendrier doit être construit, suivi, mesuré, corrigé (nous le verrons plus loin).  Le calendrier est donc, tout naturellement placé sous une autorité: Le pharaon chez les égyptiens, les autorités religieuses le plus souvent.  Puissance spirituelle et puissance séculière se partagent la garde des calendriers: Le calendrier est un instrument de pouvoir.

 

Les premiers calendriers apparaissent chez les Sumériens il y a environ 6000 ans.  Peu après les calendriers solaires naissent chez les égyptiens et les grecs.

 

A Babylone, on mesurait le temps en fonction du mouvement de la lune.  Le mois lunaire servait de base au calendrier mésopotamien.  Les Egyptiens utilisent trois calendriers rythmés par les mouvements du Nil et leurs conséquences sur l'agriculture; Le premier est basé sur l'étoile Sirius dont l'apparition avant le lever du soleil coïncide avec la crue du Nil atteignant Memphis et Héliopolis.  Le second calendrier, solaire, aide à prévoir les crues du Nil.  Le troisième calendrier, lunaire, répartit le travail en trois saisons: Inondation, semailles, récoltes.

 

Lunaire ou solaire, comment s'y retrouver: la mécanique céleste?

 

Le calendrier lunaire

Il s'écoule environ 29 jours entre deux nouvelles lunes.  Le calendrier lunaire est donc une mesure mensuelle, on compte en mois lunaire. Les mois lunaires comptent donc 29 jours.

 

Le calendrier solaire

La terre parcourt une révolution complète autour du soleil en un an, on compte donc en année solaire; Année que l'on divise en mois.  L'année solaire compte très exactement 365 jours 5 heures 48 minutes et 45,98 secondes. Deux observations montrent la complexité du système et les difficultés rencontrées au cours de notre histoire pour arriver à la mesure la plus juste: La Terre ne met pas un nombre de jours exact pour tourner autour du soleil. Le cycle lunaire et le cycle solaire ne correspondent pas.

Alors, lune ou soleil, il faut choisir. Voici, très succinctement les modes utilisés par les principaux calendriers:

 

Le calendrier juif.

Le calendrier juif est un calendrier lunaire, il comporte, pour l'année commune, 12 mois, et le recalage au cycle solaire s'effectue au moyen de l'année embolismique qui comporte 13 mois. Méton, astronome grec du IVème siècle avant l'ère courante, a fait l'observation suivante : 19 années solaires comptent presque exactement 235 mois lunaires.Le cycle métonique compte donc 12 années simples, et 7 années embolismiques, réparties de façon à minimiser l'écart de l'année juive avec le soleil.

 

Le calendrier musulman.

Le calendrier musulman est également construit sur la base lunaire et les années sont dîtes années communes ou années abondantes selon qu'elles comportent 12 ou 13 mois. Dans les deux cas, il y a nécessité absolue d'un synchronisme rigoureux avec le cycle solaire.

 

Les calendriers Chinois et Hindou

Ces calendriers sont de type luni-solaire. Les années sont groupées par période de 60 ans encore appelée « Grande année »

 

Regardons plus en détails le calendrier que nous utilisons:

Les principes fondamentaux de notre calendrier ont été élaborés bien avant Jésus Christ et reposent sur l'année solaire.  Le problème qui se pose est que la Terre met 365 jours 5 heures 49 minutes (365,2422 jours) pour un cycle complet.

 

Une année de 365 jours est trop courte d'environ un quart de jour.  Au bout de quatre ans notre calendrier est donc en avance d'une journée par rapport à la révolution de la Terre autour du soleil.

 

Les civilisations anciennes ont pendant longtemps pratiqué l'année de 365 jours, voire 360 jours pour certaines.  Des jours étaient rajoutés par-ci par-là selon le bon vouloir des prêtres ou des politiciens.  C'est Jules César qui, pour mettre fin au désordre qui régnait à Rome, est à l'origine de la réforme la plus importante de notre système calendaire.

 

Sur les conseils d'un astronome grec, Sosisgène, Jules César décida que tous les quatre ans l'année comporterait 366 jours au lieu de 365.  A l'époque ce jour fut ajouté au mois de Février par le doublement du 24ème jour Le 24 Février étant, dans la définition romaine, le sixième jour avant les calendes de Mars son double devenait le "second sixième jour avant les calendes de Mars".  Ce qui se dit: "bis-sextus ante calendas martias" dont il nous est resté le terme "bissextile".

 

Il fut également décidé que l'équinoxe de printemps (point de repère privilégié parmi les évènements célestes) coïnciderait avec le 25 Mars de chaque année.  Pour ce faire l'année 708 de Rome, année de la réforme, fut allongée de 90 jours.  Enfin, le commencement de l'année fut ramené du 1er Mars au 1er Janvier.

 

Le calendrier mis en place par Jules César (calendrier Julien) a duré pendant plus de 15 siècles.  Pourtant, il fallut le réformer.  Après plusieurs siècles d'utilisation il était à nouveau décalé de plusieurs jours par rapport au soleil.

 

En quatre siècles le calendrier julien prend 3 jours de "retard" sur le soleil.

 

En l'An 325 de notre ère, l'Eglise catholique romaine, qui étend déjà son influence sur une grande partie de l'Europe, propose de fixer définitivement la date de Pâques en fonction de la première lune de printemps (Concile de Nicée).  Or cette année là, l'équinoxe de printemps tombe le 21 Mars.  Le décalage par rapport à la date du 25 Mars décrétée par Jules César fut attribuée à une erreur d'observation de Sosigène.  Cependant, si Sosigène s'est peut-être effectivement trompé d'un ou deux jours dans son observation de l'équinoxe il n'en reste pas moins que le décalage venait surtout de l'inexactitude de son calendrier.

 

Les siècles passant, le décalage grandit.  Mais il fallut attendre 1582 pour qu'un Pape, Grégoire XIII, décide enfin une nouvelle réforme, sur les conseils avisés de savants tels que Clavius ou les frères Lilio.

 

En 1582 l'équinoxe de printemps tombe le 11 Mars.  Pour se recaler sur la date du 21 Mars jour de l'équinoxe de l'année du Concile de Nicée) il fallut donc supprimer 10 jours.  Pour l'Eglise romaine le lendemain du 4 Octobre 1582 fut le 15 Octobre 1582. 

 

Pour palier à l'inexactitude du calendrier Julien il fut également décidé de supprimer trois jours tous les quatre cents ans. Pour ce faire les années séculaires qui sont bissextiles: 1700, 1800, 1900 comptent 366 jours dans le calendrier Julien mais seulement 365 dans le calendrier Grégorien.  L'année 1600 compte 366 jours dans les deux calendriers. Il y a bien ainsi trois jours de moins dans le calendrier Grégorien sur quatre siècles.  L'année 2000 est une année séculaire divisible par 400 et est donc une année bissextile.

 

Réponse à la question qui précède: Il ne s'est rien passé du 5 au 14 Octobre 1582, enfin, chez nous … puisque tout le monde n'a pas suivi immédiatement la réforme de l'Eglise.  L'Espagne et le Portugal l'appliquèrent en même temps que Rome.  La France l'appliqua au mois de décembre de la même année: le lendemain du 9 décembre 1582 fut le 20 décembres 582.  Les autres pays européens s'alignèrent au bout de quelques années mais certains durent faire face à de fortes résistances populaires. L'Angleterre et la Suède ne franchirent le pas qu'en 1752 (et durent supprimer 11 jours), la Russie orthodoxe en 1918, et la Grèce en 1923

(suppression de 13 jours).

 

Le calendrier Grégorien, quoique bien plus précis que le calendrier Julien continue néanmoins de se décaler par rapport au cycle solaire, mais à un rythme beaucoup plus lent que le calendrier Julien. Ainsi en 1582, sur la connaissance des astronomes et mathématiciens de l'époque l'église romaine, instituait un modèle de mesure du temps suffisamment précis pour ne se décaler que d'une journée en 4731 !... Ainsi, 18 ans et trois papes plus tard, au nom de la sainte inquisition, cette même église condamnait au bûcher Giordano Bruno, hérétique adepte des théories coperniciennes et exégète de l'univers.

 

De nos jours, ce calendrier tend à s'imposer comme un standard international et se démarque de sa signification religieuse.  Pour exemple: Sur les 12 jours fériés de notre calendrier, cinq sont dédiés à des commémorations profanes:

 

1er Mai

8 Mai

14 juillet

11 Novembre

N'oublions pas la Fête des mères (Pétain-1942).

 

Cette histoire de notre calendrier serait incomplète si l'on n'évoquait l'avatar que constitua le calendrier républicain.

 

Le calendrier républicain fut officiellement adopté le 24 octobre 1793, soit plus d'un an après l'avènement de la Première République (îl n'y a donc pas d'An 1 ). Après un long débat entre les mathématiciens Le calendrier républicain est l'une des grandes réformes entreprises par la Convention nationale qui, tout comme le système métrique, visait à réformer la société jusque dans ses références au temps et à l'espace.  Contre la superstition et le fanatisme, le dimanche, les saints, les fêtes chrétiennes étaient abolies au nom de la Raison, la science, la nature, la poésie, l'idéologie et l'utopie.

 

Le calendrier républicain est l'œuvre des mathématiciens Romme et Monge qui eurent un long débat. C’est un découpage égal des mois (12 mois, 30 jours), un système décimal des décades et des heures.  L'année débute le jour de l'équinoxe d'automne. Le calendrier républicain est également l'œuvre des poètes Chénier et Fabre d'Églantine et du peintre David.

On donne aux jours des noms de plantes, d'animaux domestiques et d'outils.  Les mois riment trois par trois, selon la "sonorité" des saisons.

A noter que l'année commence au jour anniversaire de l'abolition de la royauté et qu'elle se termine par la fête des "sans-culottides" jours complémentaires).

 

On ne doit pas confondre les datations du calendrier républicain avec la mention, courante, "énième année de la Liberté", qui prend pour référence 1789.  Dans les premières semaines d'utilisation du calendrier républicain, il est fréquent que les officiers de l'état civil ne mentionnent pas le nom du mois, mais comptent par jours de "décade".  La diffusion de ce calendrier, promu par la participation de grands artistes, se heurta cependant aux problèmes de la réduction des jours de repos qu'il impliquait ainsi qu'au rythme ancestral des foires et marchés agricoles.

Ce calendrier, fut finalement officiellement abrogé en 1805, alors qu'il n'avait jamais véritablement pris racine.

 

Le calendrier maçonnique

Le calendrier maçonnique est la manière particulière utilisée par les francs-maçons pour numéroter les années et désigner les mois. L'an un du calendrier maçonnique est l’"Année de la Vraie Lumière". La datation de l’"Année de la Vraie Lumière" se baserait sur les calculs de James Ussher, prélat anglican né en 1580 à Dublin. Il avait élaboré une chronologie débutant avec la création du monde selon la Genèse, qu’il estimait à 4 004 av. J.-C. Le pasteur Anderson l’a préconisée dans ses constitutions de 1723 pour affirmer symboliquement l'universalité de la maçonnerie en adoptant une chronologie supposée indépendante des particularismes religieux, à tout le moins dans le contexte britannique de l'époque. La date choisie pour le début de l’Ère maçonnique est 4 000 av. J.-C. L’année maçonnique a la même longueur que l’année grégorienne, mais débute le 1er mars. Elle prend le millésime de l’année grégorienne en cours, augmenté de 4 0003 ; les mois ne sont désignés que par leur numéro ordinal. L’année maçonnique comporte deux fêtes : la Saint-Jean d’Été (Jean le Baptiste, fêté le 24 juin) et la Saint-Jean d’Hiver (Jean l'Évangéliste, fêté le 27 décembre), coïncidant symboliquement avec les solstices.

 

 

 

 

 

 

 

L'heure

Mesurer les années, les mois, les jours ne suffit pas à organiser l'homme et lui fournir les points de repères indispensables à ses activités.  Il a fallu découper la journée en quantités mesurables, les heures. Autant, les mois et les saisons peuvent s'apprécier en terme de rythme lunaire, autant du cycle solaire dépend la mesure horaire.

Très tôt, dans l'antiquité, apparaît le gnomon, simple pieu ou obélisque.  Le cadran solaire, perfectionnement du gnomon divisent le temps quotidien.

 

L'écoulement de ce temps "astronomique" sera ensuite simulé et reproduit par les clepsydres, les sabliers, les horloges, les pendules et enfin les montres.

De cette succession de moyens, chacun plus précis et fiable que son prédécesseur, naîtront trois époques :

 

L'heure du monastère ou de l'église

L'heure de la cité

L'heure de l'usine.

 

L'heure du monastère

Dès le début du moyen âge, l'Europe occidentale est parsemée de monastères, couvents et églises auprès desquelles commençaient à s'agglomérer les habitants, population essentiellement rurale.  Le monastère étant alors le lieu de référence en matière d'horaire ou plus exactement de rythme quotidien.  La population alentour vivait donc au son des sonneries appelant les religieux aux prières.

 

La journée était ponctuée ainsi par les "Heures bénédictines" ou "heures canoniales"

  • Matines - La nuit entre 2h3O et 3h

  • Laudes ou Matutini- Le matin entre 5h et 6h

  • Prime - vers 7h3O

  • Tierce - vers 9h

  • Sexte - Midi -dîner

  • None - 14h et 15h

  • Vêpres - vers 16h 30 - souper

  • Complies entre 18h et 19h - coucher

 

 

L'heure de la cité

Peu après l'an mil, apparaissent les premières cités constituées.  Le rythme de la vie se mesure alors à l'aune de l'autorité civile.  C'est la cloche du beffroi qui régit la vie des citadins.  C'est le "Dormez, braves gens!" des archers du guet qui se substitue à complies.  Les campagnes, elles, restent sur le rythme du clocher.  Et pendant longtemps encore.  Songez au tableau de Millet, "l'Angélus". Il date de 1857!

Songez également à l'appel du muezzin, il existe toujours de nos jours.

 

L'heure de l'usine

Avec le 19ème siècle, vient le temps des machines ou Révolution industrielle.  C'est la machine à vapeur, mais c'est aussi et surtout la pendule qui deviendra rapidement l'outil de mesure de l'exactitude et de la productivité bien avant l'invention de l'horloge pointeuse.  C'est l'aménagement du travail ouvrier. D'après Mumford :

« La machine clé de l'âge industriel n'est pas la machine à vapeur, c'est l'horloge.  Permettant la détermination de quantités exactes d'énergie et donc la standardisation, l'action automatique, et par son propre produit, un temps exact, l'horloge a été la première machine de la technologie moderne »

 

Aujourd'hui, l'horloge est au cœur de nos ordinateurs et la seconde est atomique.  L'unité la plus fine n'est plus ni heure, ni minute, ni seconde, mais nanoseconde.  Au plan mondial, les fortunes se font et se défont à la vitesse des transactions bancaires.  Au milliardième de seconde près...

 

La mesure du Temps est un instrument de pouvoir. "Le temps c'est de l'argent"

 

Alors, que dire, que conclure?

Le temps est une durée à l'échelle humaine. Sa mesure est l'instrument indispensable à tout ordre social. Le temps est une dimension à l'échelle de l'univers.

Le temps constitue le drame humain essentiel. C'est le sujet, par excellence du questionnement des penseurs, des philosophes et des mystiques.  Le temps est-il une ligne lancée vers un avenir et une espérance ou bien une roue, sans projet ni progrès? a-t-il eu un début? aura-t-il une fin?

 

Bien entendu, je m'avoue impuissant à répondre à telle question.  J'imagine simplement que mon temps est linéaire et limité: naissance, vie et mort.  Il supporte mes émotions et mes angoisses, mes idées et mes doutes, mes joies et mes peines mais ne conforte aucune certitude.  Mes questions restent le plus souvent sans réponses, mais je sais, au moins pourquoi je me les pose.

 

Permettez-moi de terminer par trois citations, je les trouve aussi belles que pertinentes et j'y souscrit.

 

"Chaque fois que tu me regardes, tu vois ta vie qui s "en va.  Ce n 'est pas le temps qui passe, mais nous"

Ferdinand Cheval - Cadran solaire, "Le palais Idéal" Hauterives (Drôme)

 

"' Celui qui parle de l'avenir est un coquin, c'est l'actuel qui compte.

Invoquer sa postérité, c'est faire un discours aux asticots"

Louis Ferdinand Céline - " Voyage au bout de la nuit "

 

Et enfin, bien plus encourageant :

 

" Il faut toujours être ivre.  Tout est là: c'est l'unique question.  Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.  Mais de quoi?  De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise.  Mais enivrez-vous."

Charles Baudelaire - " Le spleen de Paris "

sorcieres.jpg