Le partage

Fil rouge de cette année : Le partage.

C’est étrange car lorsque j’ai laissé le mot partage trotter dans ma tête tout de suite j’ai ressenti une ambivalence.

Cela m’a tout d’abord renvoyé à mon enfance car nous vivions dans un grand appartement où l’hospitalité était un mode de vie, il était peuplé d’amis de passage pour une soirée ou pour une année, les grandes tablées, les improvisations de menus pour 4 puis 6 puis 10 c’était une habitude chez nous.
On partageait ce qu’il y avait dans les placards et le frigo à la bonne franquette et les rires raisonnaient jusque tard dans la nuit.


L’été nous partions avec cousins, oncles et tantes, grand parents et amis une vraie tribu, trois générations qui débarquaient sur les plages de bretagne.


On nous surnommait les bohémiens et je trouve que cela nous allait bien.
Cela c’était le partage dans sa définition la plus noble.

Car ce mot évoque aussi pour moi à la fois la scission.


Lorsque le partage signifie comme dans le conflit israélo-palestinien le mur de Berlin ou la partition de l’inde une division, là c’est liberticide car cela entrave un peuple.


On peut dans la bible trouver une illustration bien dramatique au mot partage avec le jugement de Salomon lorsque celui-ci propose à deux femmes qui se disputent un enfant de le couper en deux pour satisfaire les deux partis.


Partager implique quelque chose d’égalitaire lorsque c’est la loi qui le régit.


Par contre lorsqu’il s’agit d’une initiative personnelle cela fait plus appel à la notion de fraternité.
C’est assez troublant comme le mot partage peut donc être polymorphe et représenter les trois facettes de notre devise républicaine « Liberté Egalité Fraternité »


Maintenant je vais évoquer la situation actuelle.


Ce virus qui est venu semer, le doute, la terreur, la maladie, la mort, la détresse sociale il nous mène loin dans l’hystérie collective et fait chavirer notre société dans une sorte de paradoxe.
Il y a d’un coté la privation de liberté, la scission entre ceux qui peuvent se déplacer et travailler et ceux qui n’en ont pas le droit, l’éloignement physique des personnes et l’absence totale de plaisir et de tendresse pour certains.

Il nous reste quoi ? Le partage !


Le désir de partager encore, des idées, des mots, des regards nous devons continuer à avoir envie de côtoyer l’autre même s’il représente un danger pour nous.


Côtoyer ne signifie pas forcément la proximité physique mais simplement l’échange que l’on peut faire sur un réseau, et même si cet échange, ce partage n’est pas forcément très intellectuel ni profond, ni même très maçonnique, il a le mérite de nous relier tous en une chaine d’union drôle, insolente, chaleureuse.
Le WhatsApp de notre respectable loge est un pèle mêle d’idées d’infos de drôleries de coup de gueule, la vie quoi, la vie d’une famille.


Il nous rapproche, c’est un petit lien dans toute sa dimension chaleureuse, fraternelle et solidaire.
Dans notre loge nous avons su préserver cela malgré la tempête et je pense que cela a été salvateur pour notre engagement, c’est cela qui nous a donné envie de continuer de persévérer et d’y croire.
C’est cela qui a aiguisé notre désir de revenir malgré les interdits, les doutes, les craintes.
Depuis quelques mois le trouble, le doute, la tristesse et la frustration nous assaillent, pour lutter contre cela il faut s’unir et partager ce sont de petites étincelles de vie que nous envoyons aux autres, des parcelles de nous-même. 


Dans ce sens le partage s’apparente à l’amour et c’est cela qui nous fera survivre.